J'ai perdu deux amitiés fortes en deux ans.
Ce que m'a enseigné un château de cartes qui tombe en un souffle de vent.
- Ce que nous avons construit ici, ce que nous imaginons inaltérable est un simple château de cartes, lâcha Cyrielle, sinistre. Ça ne tient à rien. Un souffle de vent et pfiut. Plus rien.
Dialogue extrait du roman Le seul coupable, Jacques Saussey.
Dans cette nouvelle note longue, j’ai envie de vous parler d’amitié.
Plus précisément des ruptures amicales.
Un sujet dont on ne parle pas assez.
Les ruptures amicales sont plus déroutantes que les ruptures sentimentales.
Parce qu’elles sont moins prévisibles.
On sait qu’une relation amoureuse peut se terminer.
Mais l’amitié elle, est parfois perçue comme immortelle.
En deux ans, j’ai perdu deux amitiés fortes.
J’ai eu très mal.
Mais il faut croire qu’on tire des leçons de tout.
Et il y a quelques mois, je n’aurais jamais pensé traiter d’un tel sujet ici.
C’était encore beaucoup trop touchy pour moi.
Et ça l’est encore. Je ne sais pas si je suis prête.
Mais en revanche je suis certaine d’une chose.
Ce qui me touche donne naissance à mes meilleurs textes.
Alors je n’attends pas d’être prête et je saute.
Je n’écris jamais dans la plainte.
Je dessine mon chemin vers la résilience.
J’avance vers l’acceptation de ce qui est.
Aussi cruelle soit la réalité parfois.
J’essaye d’accepter ce qui fait mal au coeur.
Parce que je n’ai pas d’autres choses que d’avancer.
Il y a quelques semaines, j’ai écrit sur les violences familiales. Nombre d’entre vous s’y sont reconnus, m’ont remercié pour ce partage. J’aime parler de santé mentale parce que c’est un sujet qui me touche de très près et j’ai des messages à diffuser autour de moi.
Et je sais que mon histoire peut être la tienne.
D’autant plus si tu as cliqué sur ce post.
J’espère que mes mots pourront apaiser ta peine.
→ Dans cette note :
Les amitiés de longue date ne garantissent pas une compatibilité toute la vie.
Perdre une amie c’est devoir faire son deuil.
Tu ne pourras jamais retenir quelqu’un qui veut sortir de ta vie.
Il y a des murs qu’on ne peut pas louper.
Si une personne s’en va dans de mauvaises conditions, ça ne veut pas dire qu’elle ne t’a rien apporté.
On ne peut pas tout comprendre.
Laisser partir des amitiés c’est laisser la place à de nouvelles histoires.
Accepter de laisser partir une amitié forte sans chercher à recoller les morceaux est un acte d’amour envers toi-même.
Je n’ai jamais eu beaucoup d’amis.
Mes vrais amis se comptent sur les doigts d’une main
Une main à qui on aurait sectionné quelques doigts.
J’étais une enfant dans mon monde.
Ça m’a pas empêché d’avoir des amies.
Mais plus tard, j’étais une ado mal dans sa peau.
Et j’ai développé une timidité maladive.
Même aller acheter une baguette, je pouvais pas.
J’ai abandonné la timidité.
Mais je reste une profonde introvertie.
Qui ne cherche pas à accumuler les amitiés.
Parce que je sais que j’en ai pas l’énergie.
Et que j’ai toujours considéré l’amitié comme précieuse.
Quand je suis devenue adulte, j’ai eu de + en + de mal à les gérer.
À gérer la distance géographique qui allait avec.
Aux nouvelles qu’il fallait souvent prendre.
Pour cultiver cette proximité.
J’ai fait rentrer des gens dans ma vie.
Des gens que j’ai considérés comme des amis.
Et puis certains en sont naturellement sortis.
Mais ça s’est fait naturellement.
J’ai vu pas les choses venir.
Je n’en ai pas souffert.
Jusqu’à ces deux amitiés dont je vais vous parler.
Ces amitiés qui comptaient précieusement pour moi.
Et qui ont disparu presque du jour au lendemain.
Du jour au lendemain, tu passes d’un état à un autre.
De l’amitié véritable à l’indifférence la plus totale. .
Jusqu’à ne plus rien connaitre de sa vie.
En 2023 et 2024, j’ai perdu deux amitiés fortes.
Pauline, ma meilleure amie depuis 25 ans.
Que j’ai connu sur les bancs de l’école.
En classe de CM2.
L’amitié la plus ancienne qu’il me restait.
Et dont j’étais fière de cultiver.
Et Rachel que je connaissais depuis un an seulement.
Mais un coup de foudre amical.
Comme je n’en avais jamais vécu.
Avec l’intensité qui va avec.
En juin 2023, j’ai vécu ma première vraie rupture amicale.
La première que j’ai senti passer.
Rachel a décidé de couper les ponts.
Du jour au lendemain sans réelles explications.
Du moins pas des explications valables pour moi.
Elle préférait donner la priorité à ses amis proches géographiquement.
Au vu de la relation qu’on avait, j’ai pris un coup de poignard.
Ça m’a déchiré de l’intérieur.
Je suis restée dans un vrai mal-être pendant des semaines.
À tout remettre en question. `
À cultiver ma blessure du rejet.
Et malgré tout ça, j’ai cru pouvoir refermer le chapitre.
Et passer à autre chose.
Mais je me mentais à moi-même.
Je refusais seulement de vivre ma douleur.
Deux ans plus tard, cette douleur me fait encore mal.
Moins qu’avant mais elle est encore là.
En août 2024, deuxième rupture amicale.
Pauline a aussi décidé de couper les ponts.
On avait évolué et on ne se retrouvait plus.
Pour le coup, sa raison je l’ai comprise.
Et je l’ai vu venir.
Le temps perdu ne se rattrapait plus.
Perdre cette amitié c’était aussi faire un deuil.
Celui de mon adolescence.
Dans de nombreux souvenirs, elle était là.
Dans de nombreux fous rires, elle était là.
Une rupture amicale ça fait mal.
Mais c’est aussi source de positif (si si je vous assure).
J’ai appris avec ça.
Et j’ai pris du recul sur ma vision de l’amitié.
1. Les amitiés de longue date ne garantissent pas une compatibilité toute la vie.
Et pourtant on y croit très fort. Comme si le fait d’avoir traversé des années et des années, partagé des centaines de fous rires, vécu mille souvenirs, c’était comme signer un contrat de mariage pour la vie. Jusqu’à l’an dernier, je vivais dans un monde où une amitié longue de 25 ans était immortelle.
Et pourtant les amitiés de longue date ne garantissent pas une compatibilité toute la vie. J’ai entendu ça dans un épisode de podcast et quand je l’ai compris, je suis revenue les deux pieds sur Terre. D’un côté, c’était violent et de l’autre j’avais besoin de l’entendre pour avancer.
Finalement dans la vie, rien n’est jamais définitif et tout peut changer du jour au lendemain. Parfois on le voit arriver, parfois on se prend un mur en pleine face. dans les deux cas, ça n’en reste pas moins douloureux.
2. Perdre une amie c’est devoir faire son deuil.
Dans mes relations sentimentales, quand je me suis fait quitter, j’ai parfois eu l’impression que j’allais crever sur place tant la douleur me transperçait la poitrine. Comme si je ne pourrais plus jamais respirer sans cette personne. Bon avec le temps, j’ai compris que ressentir un truc pareil c’était pas forcément sain. J’ai compris que ma blessure du rejet n’y était pas pour rien. J’avais besoin des autres pour exister. J’avais besoin d’être aimé. Je n’ai jamais supporté d’être rejeté.
Avec les amitiés, je suis un peu plus nuancée. J’ai perdu plusieurs amitiés depuis le début de ma vie mais ça s’est fait comme ça. J’ai pas eu le temps de le conceptualiser comme une perte. Mais pour Rachel et Pauline, c’était différent. Pour l’une, la relation était intense, pour l’autre elle était ancienne. Ça suffit à mal vivre les choses quand elles prennent fin.
J’aime parler de deuil et c’est pas trop fort. Parce que perdre une amie, c’est faire le deuil d’une personne mais aussi de tout ce qu’on a été à ses côtés. C’est vivre un effondrement, c’est laisser partir beaucoup de choses. Les souvenirs heureux d’hier sont aujourd’hui devenus douloureux. Et c’est peut-être ça le plus dur à avaler : savoir qu’il n’y aura plus de demain.
3. Tu ne pourras jamais retenir quelqu’un qui veut sortir de ta vie.
Chercher à retenir quelqu’un qui s’apprête à quitter ta vie, c’est un comportement naturel. D’autant plus si on vit avec une blessure du rejet. Mais quand tu comprends que c’est contre productif, tu gagnes un temps fou.
Pour cette 3eme leçon, j’ai eu envie de solliciter Claude (une alternative de Chat GPT). Je suis rarement en désaccord avec lui, je le trouve assez pertinent et cette fois encore il a tapé dans le mille.
Selon Claude, il existe 5 raisons de ne pas chercher à retenir quelqu’un qui est déjà sur le pas de la porte :
L’authenticité des sentiments : Quand une personne veut partir, forcer sa présence ne crée qu’une illusion de relation. Ses sentiments, son engagement et sa présence émotionnelle ne peuvent pas être contraints → Dans ma vie en général mais encore plus dans mes relations, cette notion d’authenticité est ultra importante. Et même si perdre quelqu’un me fait parfois un mal de chien, je préfère une relation sincère plutôt qu’une relation forcée.
Le respect de l’autonomie : Chaque personne a le droit fondamental de choisir avec qui elle veut partager sa vie. Insister pour qu’elle reste va à l’encontre de ce principe de base et peut transformer une relation d’amour en prison émotionnelle pour les deux personnes → Je respecte trop les autres pour leur manquer de respect et même si ça me brise de voir partir quelqu’un que j’aime, je me dois d’honorer cette valeur pour être en accord avec moi-même.
La dynamique de pouvoir toxique : Retenir quelqu’un crée un déséquilibre malsain. D’un côté une personne qui supplie ou manipule, de l’autre quelqu’un qui se sent piégé. Cette dynamique érode l’amour, le respect mutuel et l’égalité qui sont essentiels à toute relation saine → Bon là je considère pas porter toute la responsabilité de la dynamique parce que si une personne veut partir, elle n’aura au pire qu’à me bloquer.
L’inévitable dégradation : Même si vous réussissez temporairement à la convaincre de rester, le problème de fond n’est pas résolu. La frustration, le ressentiment et le sentiment d’enfermement ne feront que grandir, rendant la séparation finale encore plus douloureuse et destructive → J’ai déjà vécu ça mais dans une relation sentimentale, j’ai essayé de recoller les morceaux d’une relation qui partait en lambeaux. Verdict : Ça part encore plus en lambeaux derrière !
Notre propre dignité : Se battre pour quelqu’un qui ne veut plus de vous vous place dans une position de dépendance. Cela peut détruire votre estime de soi et vous empêcher de construire quelque chose de meilleur avec une personne qui choisit vraiment d’être avec vous → Alors je dois dire que j’avais vu les choses sous cet angle-là tant j'ai une peur terrible de voir partir les gens que j’aime avec ma blessure du rejet.
4. Il y a des murs qu’on ne peut pas louper.
On a beau tenir à une amitié. On a beau espérer la conserver toute sa vie. Elle a parfois une date de péremption. Et on a beau tout faire pour contourner la mur, il faudra à un moment ou à un autre se le prendre en pleine face.
Avec ma meilleure amie, ça a été ça. Ces dernières années, la relation s’est étiolée. Elle s’est abimé. Elle s’est essoufflée. On avait de moins en moins de choses à se dire. Ou de moins envie de se dire les choses. Quand j’ai senti que ça risquait de mal se terminer, j’ai proposé d’en discuter pour trouver un terrain d’entente. Mais la relation était surement déjà finie pour elle.
5. Si une personne s’en va dans de mauvaises conditions, ça ne veut pas dire qu’elle ne t’a rien apporté.
Quand j’ai perdu ses deux amitiés, j’étais tellement animée par ma colère que je n’arrivais même plus à penser à ce que la personne avait pu m’apporter. Et pourtant, je pense qu’il ne faut pas oublier que si elle a fait partie de notre vie, c’était pour nous enseigner quelque chose. Si elle a marché à nos côtés, elle nous a aussi permis de gravir des montagnes, d’avoir des réflexions riches de sens. On a grandi ensemble. Et ça c’est beaucoup de valeur.
Les relations humaines sont tellement complexes, c’est tellement plus nuancé que c’est une bonne personne/c’est une mauvaise personne.
Je pense que c’est une question de temps : plus le temps passe et plus notre colère se dissipe et moins on en veut à cette personne. Et être capable de se dire “ cette personne m’a fait du mal en partant mais elle m’a aussi apporté de belles choses” c’est une belle preuve de maturité émotionnelle.
6. On ne peut pas tout comprendre.Comme dirait Orelsan : “J’ai besoin de mettre un nom sur les choses pour les comprendre” (il le dit dans ce titre de génie). Et comme lui, j’ai un besoin maladif de compréhension qui frôle souvent l’obsession. Impossible de passer à autre chose tant que je n’ai pas tout compris, de A à Z. Mais parfois, on comprend pas tout. Soit parce qu’il n’y a rien à comprendre, soit parce que la personne n’a aucune envie de s’expliquer.
Sur les deux ruptures amicales, il y en a une que je cherche encore à comprendre. Celle de Rachel. Parce que ça a été soudain, parce qu’il n’y a eu aucun véritable antécédent. Deux ans, je cherche encore à comprendre. Alors je me répète que je ne peux pas tout comprendre.
7. Laisser partir des amitiés c’est laisser la place à de nouvelles histoires.Perdre deux amitiés fortes en deux ans m’a beaucoup secoué. Ça m’a fait perdre confiance en ma capacité à être une bonne amie. En ma capacité à savoir comment gérer une relation amicale parfois malgré la distance géographique. Moi qui ait toujours été ouverte à voir de nouvelles personnes entrer dans ma vie, voilà que j’avais peur.
Avec le temps, je me suis rendue compte de deux choses :J’ai d’autres amitiés qui peuvent attester de ma capacité à être une bonne amie et je n’ai pas à en douter.
Je n’ai pas peur de faire entrer des gens dans ma vie, j’ai peur qu’ils en ressortent. Toujours cette foutue peur du rejet.
8. Accepter de laisser partir une amitié forte sans chercher à recoller les morceaux est un acte d’amour envers toi-même.
Et c’est une leçon que je décide d’ajouter quelques heures après avoir publié cette note longue. J’ai écouté un épisode de podcast sur le sujet et il m’a fait ouvrir les yeux sur quelque chose : Accepter de laisser partir une amitié qui t’a apporté beaucoup c’est un véritable acte d’amour envers toi-même.
Et si j’y ai pas pensé tout de suite c’est surement parce que l’amour de moi-même est un concept assez récent. Je me suis longtemps détestée, j’ai toléré beaucoup trop de choses intolérables sans jamais poser mes limites parce que je pensais fondamentalement ne mériter que ça. Et pourtant aujourd’hui, je commence à comprendre ce que ça veut dire s’aimer sans condition. S’aimer malgré nos défauts. S’aimer en dépit du regard des autres. Et se faire respecter surtout. Savoir reconnaitre que quelque chose n’est pas sain pour nous.
Je chemine encore dans cet océan d’amour de moi-même et j’ai encore beaucoup à apprendre. Mais j’ai conscience qu’il y a quelques années, j’aurais cherché à me battre bec et ongle pour récupérer ces deux amitiés parce que je n’aurais supporté ni la douleur ni ce que ça dit de moi-même. Mais ce temps est révolu (satisfaction de le dire comme ça ! ).
🎁 C’est bonus : En novembre 2024, Clara Luciani a sorti son troisième album Mon sang. Et parmi ses titres, Chagrin d’ami a mis des mots sur ce que je ressentais.
💬 Si tu as vécu un chagrin d’ami, on est ensemble ! Et si tu souhaites me laisser l’impression que cette lecture t’a laissé, tu feras une heureuse à coup sûr 💛



C’est tout le problème des “amis”. Un ami (ou une) c’est la notion de quelqu’un qui s’insère dans ton cercle familial. Au meme titre qu’un frère ou un soeur on peut toujours compter dessus (normalement) parce qu il n’y a pas d autre logique que celles du sang et du cœur, l’amitié c’est sensée être du même bois.
Le problème c’est qu’avec l’évolution de notre société et culture, au meme titre que tous les autres engagements (mariage adoption etc.) tout devient jetable sous couvert du “c’est ma vie je ne vais pas la gâcher avec des fils à la patte”.
Un ami qui devient relou on lui dit on lui rappel on le remet sur les rails bref on l’aime.
Mais ce n’est plus le cas. Depuis longtemps. Je l’ai vécu trop souvent en 60 balais !
Finalement la différence cruciale entre copain et ami a presque disparue… on déballe son intimité avec des gens de passage comme avec nos amis parce qu on assume qui on est, mais on jette nos amis comme quelqu’un de passage parce qu’on ne lui permet plus d’être présent, intime, et de faire des erreurs.
(Je ne sais pas si je suis clair😆)
Les amitiés qu’on croyait éternelles laissent les blessures les plus profondes. Écrire dessus, c’est déjà commencer à guérir.